Nouvelles / Chroniques

Toutes les couleurs de l’électro

Réjean Beaucage
Dimanche 8 octobre 2017

Présenté dans le cadre de la 14e édition du festival international des musiques immersives Akousma (20 au 28 octobre, à Montréal), le programme du 24 octobre explore d’autres facettes de l’électroacoustique que celle du «cinéma sonore» bien connu. Tout au contraire du concert acousmatique, où la salle est plongée dans le noir tandis que le compositeur spatialise sa musique en direct depuis la console, cette fois les compositeurs seront sur scène et leur musique ne sera pas préalablement fixée sur bande (ou sur ordinateur), mais jouée et créée en direct.

Du circuit bending de Gmackrr (Émilie Mouchous) à l’Organelle d’YlangYlang (Catherine Debard), en passant par l’improvisation à trois de Karl Fousel, Davon Hansen et Roger Tellier-Craig et par la musique mixte de Jane/Kin (Ida Toninato au sax et Ana Dall’Ara-Majek aux manipulations électroniques), la musique sera construite dans l’instant par ces artistes qui participent à donner un nouveau souffle aux musiques électroniques.

Elle a déjà un arbre généalogique bien fourni celle-là, aussi l’entretien présenté avant le concert permettra-t-il de faire le tour des différentes lignées de la grande famille électroacoustique, depuis les ancêtres, comme les ondes Martenot, jusqu’au retour en force des instruments analogiques.

Chants sans voix et musique sans musique?

Réjean Beaucage
Jeudi 5 octobre 2017

Nouvelle incarnation des Chants et danses du monde inanimé du clarinettiste Robert Marcel Lepage et du multi-instrumentiste René Lussier, l’édition 2017 n’ajoute rien de moins qu’un quatuor à cordes à un duo qui peut déjà déplacer pas mal d’air. Au début, le duo improvisait en collaboration avec le cinéaste Pierre Hébert, qui improvisait lui aussi en dessinant directement sur une pellicule qui était projetée simultanément. Le court métrage Le métro (1985) rend compte de cette collaboration (voir extrait 1).

Cette nouvelle mouture, qui «remplace» le cinéaste par un quatuor à cordes, produit une musique qui est certes plus dense que celle produite par le seul duo, et qui fait fonctionner l’imaginaire de l’auditeur à plein régime! Pour l’entretien précédant le concert, on posera peut-être quelques-unes des questions qui servent de titre aux pièces du disque de Lepage, Lussier et Bozzini, paru en début d’année chez Tour de bras (voir extrait 2): «Comment vaincre ses peurs en improvisant»?, «Comment maigrir grâce à la guitare électrique»?, ou encore «Comment garder le feu sacré sans bruler son capital»?

Également au programme, le duo Not The Music, formé du guitariste et bassiste Éric Normand et du souffleur Philippe Lauzier, qui promet d’explorer les «chants cachés des instruments»; voilà qui devrait être parfaitement dans le ton!

Ensemble, c’est tout

Réjean Beaucage
Mercredi 4 octobre 2017

Va y’avoir du monde à messe! En effet, ce sont deux grands ensembles qui s’unissent pour examiner le thème de l’engagement et celui de la vulnérabilité dans le cadre du processus de création. C’est d’abord la rencontre des 16 voix de la chorale montréalaise Joker (9 femmes et 7 hommes), sous la direction de Joane Hétu, et des 13 musiciens et musiciennes du GGRIL, ou Grand groupe régional d’improvisation libérée, en provenance de Rimouski. À cet ensemble de 30 personnes se joindra aussi la vocaliste écossaise Maggie Nicols, qui est elle-même une grande improvisatrice (elle joignait le Spontaneous Music Ensemble de Londres en 1968!).

La chorale Joker est un ensemble pour le moins surprenant, formé de musiciens et musiciennes qui délaissent leurs sax, percussion ou ordinateur pour se concentrer sur l’instrument primordial: la voix. Mais on parle aussi d’improvisateurs et improvisatrices chevronné-e-s, ayant pour la plupart participé à plusieurs enregistrements que l’on trouve sous étiquette Ambiances Magnétiques, dont la maison de distribution, DAME, fut fondée par Joane Hétu. On connait la propension des actualistes à jouer «hors de la boîte», triturant leur instrument de mille façons pour en sortir des sons nouveaux, ou inattendus, et ils-elles ne font pas autre chose lorsque vient le temps d’utiliser leur voix! Sifflements, grésillements, bruits de bouche et autres sauts à la corde vocale sont au menu, avec murmures en entrée et hurlements au dessert! Si ça peut servir d’indice, la pièce présentée s’intitulera Langoureuseengagée.

L’effet est déjà saisissant lorsque la chorale Joker se produit a cappella, mais avec les amis du GGRIL, et leurs cuivres, guitares, violon, accordéon et percussion, l’espace sonore risque de prendre des couleurs jamais vues! L’ensemble est actif depuis 2007 et il a multiplié les collaborations avec de grands improvisateurs comme Jean Derome (présent dans la chorale) ou le saxophoniste anglais Evan Parker, entre autres. L’interaction entre les voix et le groupe instrumental laisse entrevoir de grandes possibilités.

Maggie Nicols se joindra à toute la bande pour poursuivre une réflexion personnelle sur l’espace entre vulnérabilité et pouvoir, un programme intéressant dans un contexte d’improvisation dirigée !

La musique des yeux

Réjean Beaucage
Lundi 2 octobre 2017

C’est dans la peinture et les écrits du peintre russe Vassily Kandinsky (1866-1944) que l’hyper-flûtiste Cléo Palacio-Quintin a puisé l’inspiration pour une suite de 14 compositions et improvisations qui mêlent musiques instrumentales et électroacoustiques. L’un des premiers à s’exprimer par la peinture abstraite, Kandinsky le faisait aussi par la poésie (il disait qu’il aimait «changer d’instrument»). Il a publié quelques-uns de ses textes dans un recueil de 1913 qui s’intitule Klänge (Résonances).

Cléo Palacio-Quintin travaille au développement de son instrument, l’hyper-flûte (une flûte traversière augmentée de traitements électroniques interactifs) depuis près de 20 ans. Première femme à avoir obtenu un Doctorat en composition électroacoustique de l’Université de Montréal, son travail a également été reconnu par le Conseil québécois de la musique, qui la désignait compositrice de l’année pour la saison 2010-11.

Appuyée par des projections, mais aussi par la violoncelliste Émilie Girard-Charest et par la percussionniste Barah Héon-Morissette, la compositrice transmettra sa propre vision de l’œuvre du peintre à travers sa musique, devenant une interface capable de traduire l’abstraction visuelle et poétique en sons organisés, tout comme elle est l’intermédiaire entre la froideur technologique et la sensualité du souffle.

La discussion pré-concert tournera autour des rapports possibles entre peinture et musique.

Guide d’exploration: Jeux

Vendredi 24 mai 2013

In Extensio présente un concert pour solistes de proximité sous le thème du jeu.

Contexte

In Extensio s’est inspiré du terme latin pour définir l’identité de l’ensemble à géométrie variable. Par extension et allongement explique très bien l’aisance que ces jeunes musiciennes ont à inviter d’autres instrumentistes à les rejoindre. Il n’en demeure pas moins que la magie de la trinité s’accomplit à merveille: trois instruments, trois filles, trois piliers. Créativité — innovation — technologie.

Attraits

Assister à un spectacle, une projection de film ou un concert en présence de jeunes change énormément l’ambiance. Cela permet un décorum différent, une proximité avec les solistes, surtout qu’ils et elles seront prêts à répondre au flot de questions qui bourdonnent dans l’imaginaire d’un enfant. Le but de ce concert est aussi d’oublier la distance et la séparation entre la scène et le public. Le fait de présenter des œuvres pour solistes rend la tâche plus facile. Même si c’est un premier contact avec la musique contemporaine, l’écoute est allégée comparativement à la densité d’un orchestre. Cela permet aussi de découvrir des instruments que nous avons rarement la chance d’entendre seuls.

Une gourmandise pour les oreilles

La soirée est organisée un peu à la manière d’un cocktail: prestations en solo de courtes pièces, public festif. Service après service, dégustez la virtuosité et la différence comme si vous profitiez d’un long apéro de tapas consommés directement au bar ou dans la rue. C’est d’ailleurs l’invitation que vous lancent les filles d’In Extensio: «Venez déguster, restez pour parler!»

Prérequis

Soyez libre et généreux de votre amour pour la musique, mais aussi de son enseignement. Si le cœur vous en dit, vous pourriez écouter quelques bons classiques de flûte, clarinette et violoncelle pour constater l’évolution de la technique de jeu et vous mettre à l’oreille le timbre de chacun d’eux.